IL Y A RIEN DE NOIR OU DE BLANC

Par Bérénice Desrosiers

Le Québec, vu de l’extérieur, semble être une province avec une société inclusive, puisqu’elle accueille la majorité des immigrants du pays dans lequel elle se trouve en ce moment ou qu’elle tente d’encadrer les minorités visibles dans différentes sphères de leur vie. Aussi, lors d’évènements tels que le Mois de l’histoire des Noirs, elle organise des activités de sensibilisation ou, tout simplement, elle a, dans son ensemble, une diversité importante d’ethnies, si nous nous comparons à d’autres endroits dans le monde. Cette dernière, cette variété ethnique, si le Québec est seulement constitué des grands centres comme la Ville de Montréal ou la Ville de Québec (dans la tête de certains, c’est le cas), on la retrouve presque en quantité industrielle; il y en a de toutes les nationalités, et c’est parfait comme ça. Par contre, dès qu’on s’éloigne un peu des municipalités les plus populeuses, car, oui, le Québec est plus vaste que deux ou trois villes, la pluralité ethnique est une denrée rare. Étrangement, c’est dans ces municipalités «éloignées», telles que le Saguenay-Lac-St-Jean, pour prendre un exemple, qui est majoritairement et même en très grande partie composée de Québécois de souche très caucasiens, disons le comme ça, que l’on retrouve le noyau de la haine, l’apogée de la xénophobie. Détrompez-vous, ce n’est pas tous les habitants de ces villes ou de ces villages qui pensent de cette manière, ne tombons pas dans la généralisation abusive, mais les plus bruyants sont ceux qui tiennent des propos agressifs, qui s’apparentent plus souvent qu’autrement à « Ils nous envahissent» et «Retournez dans votre pays». Curieusement, cette dernière réplique peut être dite à des personnes étant nées ici, cela ne change rien apparemment. 

Si, au moins, cela demeurait que dans leurs pensées et n’était pas partagé, sous aucune façon, ce serait tolérable un minimum, même passé sous silence totalement, mais là, ils ne se gênent pas pour répandre leur fiel haineux sur les médias sociaux à grand coup de huit à dix «posts» par jour. Ils sont encouragés par leurs pairs pratiquant cette même activité quotidienne depuis bien longtemps, motivés par des chroniqueurs ignorants jouant des personnages (ou du moins, croisons nous les doigts pour que ça en soit un) ou justifiés par des figures d’autorité se sentant légitimes puisqu’elles se sont retrouvées avec du pouvoir ou qu’elles se sont faites élire, ayant une «bonne» ligne de parti, plaisant à une «majorité». 

Encore là, ce serait pardonnable et passerait inaperçu si les commentaires demeuraient des cas isolés, dits par des matantes et des mononcles ayant été élevés à une autre époque, il faut être compréhensifs à leur égard, changer de mentalité du jour au lendemain est plus facile à dire qu’à faire, surtout dit par des personnes ayant grandi alors que les barrières n’existaient déjà plus. Par contre, ces personnes, encore grâce aux médias sociaux, partagent les publications de leurs «amis», ayant la même opinion sur un sujet en particulier, et, ensemble, ils créent des liens forts, formant une communauté grandissante. Une communauté opposée à des êtres humains ne demandant rien, menant leur petit train-train quotidien, et  qu’ils ne connaissent même pas; cela, c’est vraiment hors de ma compréhension, prôner littéralement la lutte contre une communauté complète. 

Ensuite, ils décident de se rencontrer pour échanger leurs points de vue, des réunions/rassemblements sont organisés et, c’est à ce moment, de fil en aiguille, à l’aide de discussions «réfléchies», que des personnes en petit nombre ont des idées brillantes, comme celles d’afficher des pancartes indiquant «Saguenay ville blanche» ou «Dites non à l’immigration de masse», dans ce cas-ci, appuyant leur candidat chouchou, Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada. Aussi, se rendant compte qu’ils sont nombreux partageant les mêmes idéaux, ils sont inspirés à créer des groupes tels que la Meute, ce groupe de pression se disant nationaliste (attachement passionné à la nation québécoise) oeuvrant contre l’immigration illégale et l’islam radical. Les membres ne se disent probablement pas tous racistes et, en tant qu’association, ils tentent ouvertement d’enlever l’idée générale qu’ils le sont en se disant opposés au racisme. Par contre, leur porte-parole a déjà dit «Leur intention est de mettre en place un système misogyne, homophobe, pédophile, barbare et archaïque, sous la tutelle d’un tribunal coranique.», «Il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils soient visibles, ce ne serait pas dans leur intérêt. […] Eux, leur intérêt, c’est de convaincre tout le monde qu’ils ne sont pas là. C’est ce qu’ils ont fait en Europe, jusqu’à ce qu’ils soient assez nombreux pour prendre le contrôle du système politique et d’être assez pesants pour faire changer les lois en leur faveur.» et «Ces gens-là, c’est prouvé, ils vont essayer de reproduire ces conditions-là ici»…Étrange, venant d’un groupe se disant non xénophobes. Interprétez le comme vous voulez, mais, pour moi, c’est assez clair les réelles valeurs véhiculées.

Ce groupe, à lui seul, compte environ 43 000 personnes sur sa page Facebook, tandis qu’une autre page Facebook pouvant être considérée d’extrême droite, Québec FIER, compte 38 000 mentions j’aime. Bref, tout ceci ne fait qu’encourager, légitimer et alimenter la haine d’une certaine proportion de la population en pointant du doigt une minorité de gens et les portrayant comme le problème et l’ennemi de la société québécoise. 

Plusieurs diront que ces petits groupes indépendants plus ou moins nombreux, quand même beaucoup appréciés sur les réseaux sociaux (mentions «j’aime»), ne font que crier fort et n’ont aucune crédibilité, donc personne ne deviendra raciste ou xénophobe par leur influence. Je l’accorde, ils peuvent sembler ridicules tout comme leurs propos. Le problème est que ces groupes, reprenons l’exemple de la Meute, disent s’inspirer du parti actuellement au pouvoir au Québec, la Coalition Avenir Québec (CAQ). Elle a été élue le 1er octobre 2018, ayant obtenu 37,5% des votes exprimés; petit bémol, ce n’était pas toutes les personnes pouvant voter qui l’ont fait, environ 66,5% se sont actuellement présentées aux urnes.

En même temps, ce n’est pas complètement inimaginable que la Meute se sente interpellée par notre cher gouvernement; la CAQ, durant la première année de son premier mandat, a décidé de suspendre les dossiers d’immigration de 18 000 personnes qualifiées, dans le but de «mieux» sélectionner les individus pouvant travailler dans notre chère province. Aussi, dans ses premiers mois au pouvoir, le parti de François Legault a décidé de créer la loi 21, une loi interdisant aux personnes exerçant le métier de juge, de policier, de gardien de prison et de professeur de porter un signe religieux, qui pourrait nuire à l’exercice de leur fonction, disant s’inspirer de la Commission Bouchard-Taylor. De plus, le parti a modifié le PEQ (Programme de l’expérience québécoise), nuisant à de nombreux immigrants. Bien sûr, p, il y a eu des oppositions de la part des autres partis, mais le bâillon, cette chose permettant l’accélération de l’adoption d’un projet de loi en coupant court au temps de débat et de questionnement, a été utilisé, dans le cas de la loi 21 et la loi 9, suspendant les dossiers d’immigration. Pour le PEQ, ils ont dû revenir en arrière puisque l’opposition était forte et qu’ils n’avaient pas calculé les répercussions de leurs actions. 

Pour revenir sur la commission qui a été tenue en 2008 par Charles Taylor et Gérard Bouchard et son rapport, ce dernier fut rejeté par le premier homme à la suite des évènements tragiques du Centre culturel islamique de Québec, et le second a jugé trop sévère la restriction faite pour les enseignants, n’étant pas inclus originalement. De plus, je ne tente pas de faire de raccourcis intellectuels, mais lors de l’élection de notre gouvernement actuel, Marine Le Pen, femme politique française d’extrême droite (lire: xénophobe et raciste sur les bords), s’est dit contente que le Québec soit finalement dirigé par un parti faisant du sens (lire: qui la représente le plus dans ses idéologies). Ceci dit, je comprends comment certains aspects de la CAQ attire la Meute. 

Un événement ayant marqué l’imaginaire collectif et le mien est l’attentat de la Grande mosquée de Québec, les événements tragiques mentionnés plus tôt, survenu le 29 janvier 2017, ayant tué 6 personnes. Je connaissais la haine avant ce moment, je savais qu’elle existait, mais en regardant le bulletin de nouvelles ce soir là, en entendant ma famille se demander qui que nous connaissions pourrait se trouver sur les lieux, cela m’a sauté au visage. Le geste en soit me choque encore et les réactions sur Internet de certaines personnes qu’il y a eu le font encore plus; comment quelqu’un ne peut être affecté par des actions autant haineuses? Certaines personnes avaient presque l’air de glorifier le tueur… Le Québec peut sembler régulièrement islamophobe, mais c’était le geste le plus drastique qui s’est produit, ayant eu tout un effet de surprise. 

Lors de la campagne électorale pour l’élection du gouvernement fédéral, un sujet était au coeur de plusieurs débats; la loi 21, oui encore. La question était régulièrement si les partis vont la contester en appel, autant dans les débats en français que ceux en anglais. Un de ceux en anglais a fait réagir beaucoup de chroniqueurs québécois, à cause d’une question qui a été posée  la modératrice Althia Raj au chef néodémocrate Jagmeet Singh: «Si vous devenez premier ministre, vous abstiendrez-vous d’intervenir pour laisser une autre province discriminer ses propres citoyens? Ne placez-vous pas les intérêts de votre parti au Québec au-dessus de vos principes et des droits égaux de tous les citoyens?». La question indiquant déjà que la loi, selon le canada anglais, est discriminatoire, pour ne pas dire raciste, comme le Québec qui protège cette loi avec vigueur.  Si autant de personnes le considère, faudrait peut-être regarder la réalité en face. 

Sur papier, le Québec ne semble pas raciste, sur le sujet de diversité et d’acceptance, on semble être une société exemplaire. Sur papier, c’est une chose; en pratique, c’en est une autre…

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