
Par Bérénice Desrosiers
Les océans se réchaufferont et s’acidifieront, le niveau des mers s’élèvera, des zones habitées seront submergées, les vagues de chaleur seront plus fréquentes que celles de froid, les pluies inonderont des villes, le volume des glaciers diminuera drastiquement, l’océan Arctique sera libéré de ses glaces, de nombreuses espèces disparaîtront, l’eau potable deviendra très difficile d’accès… On croirait entendre le scénario d’un film apocalyptique, narrant des événements qui pourraient se produire dans un futur éloigné, très très loin de notre époque, ou bien le générique d’Une galaxie près de chez vous, où ils cherchent une nouvelle planète pour 6 milliards de tatas. Eh bien non, ce sont des affirmations faites par de nombreux scientifiques et l’ONU, ces dernières prévisions formant et composant ce que nous connaissons, aujourd’hui, comme les changements climatiques ou le réchauffement climatique.
Les humains sont-ils au courant de ce qui se passe directement sous leur nez? Oui, bien sûr, puisque le consensus sur la cause principale de cette catastrophe écologique est, ironiquement, l’augmentation drastique des gaz à effet de serre liés aux activités humaines; c’est en quelque sorte notre création, notre produit fini. Nous assistons au retour du balancier, qui, depuis la révolution industrielle, n’attend que ça. Mais, les humains, sachant cela et connaissant le sort misérable les attendant, sont-ils tous alarmés et ont-ils tous changés de manière considérable leurs actions quotidiennes? Une partie, du moins, tente de sauver la planète à sa façon, en apportant ses propres sacs réutilisables à l’épicerie ou en utilisant des pailles en papier, en bambou, en métal, etc. Tous ces petits gestes sont bien et ont un effet boule de neige avec l’entourage, donc la quantité de personnes faisant des efforts ne fait qu’augmenter de jours en jours. Par contre, cela est triste à dire, mais les petits gestes ne suffisent pas ou ne suffisent tout simplement plus; il est, malheureusement, trop tard.
En effet, peut-être que quelques décennies avant celle dans laquelle nous vivons, dans leur individualité, chaque personne aurait pu avoir un réel impact dans cette lutte que nous menons; maintenant, tenir ce genre de discours, affirmer que c’est une problématique individuelle, c’est avoir un comportement destructeur. Ceux pouvant changer les choses, ceux ayant les moyens de le faire sont ceux qui ont permis au problème de croître à ce point-là; ce sont les entreprises, les autorités, les gouvernements qui n’aident en rien, c’est eux qui ont le gros bout du bâton. Tatiana Schlossberg, une journaliste américaine, écrivaine d’un livre environnementaliste nommé Inconspicuous Conspicuous : The Environmental Impacts You Don’t Know You Have, a dit «Nous ne sommes pas individuellement coupables, mais collectivement responsables de régler ce problème».
Par exemple, c’est bien beau utiliser des pailles réutilisables, mais la problématique des pailles non recyclables ou non recyclées ne représente que 0,3% de tout le plastique dans les océans. Ce dernier, cet intrus des eaux, est un enjeu important, mais il provient majoritairement des activités de pêche surtout des pays asiatiques tels la Chine, les Philippines, le Sri Lanka, l’Indonésie et le Viêtnam. Je ne tente pas de diminuer l’importance des gestes individuels, mais il faut voir la situation dans son ensemble, ne pas mettre son focus juste sur le coin en bas à gauche de l’image. Les géants de la société doivent changer, ils doivent se rendre compte de leur faute, de leur erreur et ils doivent prendre leurs responsabilités.
En 2016, 195 pays sur les 197 reconnus par l’ONU se sont engagés à signer l’Accord de Paris sur le climat, étant le premier accord universel sur le climat ou le réchauffement climatique, qui a été réalisé par la suite de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. C’était une démonstration de la bonne foi de ces pays signataires et de leur envie de faire un effort, même si minime, dans la lutte aux changements climatiques. Par contre, le nombre 195 a été calculé avant le retrait de nul autre que les États-Unis. Trump, en annonçant sa décision, soutient que l’entente représentait un «fardeau économique draconien», en ajoutant que cela aurait pu occasionner des pertes d’emplois, des millions, dans les industries de l’automobile, du ciment, du charbon et du gaz naturel.
Toujours avec le nombre 195, ne gardons de celui-ci que 147 pays. En 2017, deux ans après l’Accord, c’est 147 pays qui sont allés au bout de ce qui avait été entendu; parmi les grandes économies mondiales, en plus des États-Unis manquant à l’appel, la Russie et la Turquie ne figurent pas dans la liste. En résumé, cet accord fixe un objectif de garder la hausse de la température moyenne mondiale en-dessous de 2 degrés Celsius, et si possible, 1.5 degré Celsius. Nous pouvons donc déduire que certains des grands responsables de l’urgence climatique (les pays nommés précédemment) ne prennent aucun engagement, ne remplissent aucune promesse. On dirait bien que tant que cela ne nuira pas à leur économie et aux personnes en autorité directement, aucune action ne sera prise, aucun plan d’action ne sera mis en branle.
Certains gouvernements, en quelque sorte, «flashent» à gauche, mais tournent à droite lorsqu’il est question d’environnement. Effectivement, prenons comme exemple notre gouvernement fédéral, ayant comme premier ministre Justin Trudeau, chef du Parti libéral. Il se dit pro environnement, il désire bannir les plastiques à usage unique d’ici 2021, mais aussi, il sacre une claque à la face des environnementalistes en autorisant l’expansion du pipeline Trans Mountain. Ces décisions ne sont-elles pas très contradictoires? Encore là, c’est une question d’économie, celle de l’Alberta reposant beaucoup sur le pétrole brut et le pétrole raffiné; il faut bien sûr le transporter toujours plus loin, agrandir le marché pour qu’il soit toujours plus gros. Encore en contradiction, mais maintenant en faisant une faveur à la Terre, Trudeau s’est engagé à planter ni plus ni moins que deux milliards d’arbres d’ici dix ans pour «veiller à la protection de notre environnement». Ces arbres seraient pour compenser pour l’effet néfaste de Trans Mountain sur l’environnement et les recettes de ce dernier vont servir à couvrir les coûts de plantation des lesdits arbres. Sommes-nous pris dans un cercle vicieux où il faut polluer pour sauver l’environnement? Pourquoi ne pas juste arrêter de polluer à la base? Pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliqué?
Dans le même ordre d’idées, cette fois-ci à l’échelle provinciale, le gouvernement québécois, dirigé par François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), étant aussi contradictoire, affirme que le troisième lien entre la Ville de Québec et la Ville de Lévis serait bon pour l’environnement. Oui oui, une infrastructure favorisant l’étalement urbain et entraînant une hausse des émissions de gaz à effet de serre serait bon pour l’environnement, selon Legault et, tenez vous bien, le Ministre de l’environnement. Leur explication derrière leur affirmation, pouvant être qualifiée de contestable hors de son contexte, est la suivante: «Sans ce développement économique-là, on se prive d’outils. Ceux qui veulent empêcher toute forme de développement, que ce soit à travers le troisième lien ou à travers d’autres entreprises, nous privent littéralement de moyens.». Nos paliers de gouvernement semblent être pris tous les deux dans le même cercle vicieux; investir dans la pollution pour, par la suite, investir dans la sauvegarde de notre écosystème. En plus de tout cela, aucune étude n’a prouvé la nécessité de ce troisième lien. Étrangement, aucun poste de péage n’a été annoncé, même l’idée a été repoussée du revers de la main; alors, les revenus de ce fameux lien sortent de où dans toute cette histoire? Bref, ce qui est censé financer la lutte contre les changements climatiques n’est même pas supposé être payant et n’a pas été prouvé comme utile. On dirait bien que la CAQ ne fait que porter à bout de bras son idée qui coûtera pas moins de 4 milliards aux contribuables, sans se soucier du reste, comme plusieurs autres plans de génie qu’ils ont.
Cela illustre bien ce que le Québec et le Canada tentent de protéger; l’industrie pétrolière, l’industrie automobile, etc. Ce sont deux industries, assez connexes, parmi tant d’autres qui sont polluantes et nocives pour l’environnement, sinon plus. Une qui a longtemps été cachée aux yeux de la population moyenne est l’industrie de la viande. Eh oui, ton steak dans ton assiette, tout comme ta cuisse de poulet, a un effet destructeur pour notre planète. Au fil du temps, la viande est devenue de plus en plus accessible, donc de plus en plus en demande, alors elle est de plus en plus produite. Cette production massive ne demeure pas sans conséquences environnementales (en 2017, 323 millions de tonnes de viande ont été produites dans le monde, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)); l’élevage de bétail est responsable de 14.5% des émissions de gaz à effet de serre.
Cette activité humaine émet 7 milliards de tonnes de CO2 par an, soit plus que les émissions des États-Unis et la France mises ensemble. De plus, cela consomme énormément de ressources comme de l’eau et des céréales; un kilo de boeuf nécessite 13 500 litres d’eau et, environ 40% de la production de céréales mondiale sert à nourrir ledit bétail. De nombreuses terres qui pourraient servir à nourrir des populations entières sont utilisées pour l’alimentation d’animaux qui ont comme destinée la mort provoquée par l’humain. Aussi, quand les terres ne sont pas assez nombreuses, la décision est de déboiser, toujours et encore plus, avec joie et allégresse. Ces détails-là, ils ont été cachés à la population, même les organismes environnementaux, tels que Greenpeace, n’en parlaient pas et mettaient toute la faute sur l’industrie pétrolière; cela n’avantage personne que les humains cessent de manger de la viande. Personne, sauf la planète et qui est là pour s’en soucier de celle-là?
Cette question, je lui répondrai par ceci: le 27 septembre 2019, tandis que les dirigeants des pays et des multinationales se croisent les bras, se tournent les pouces et regardent les changements climatiques agir et se déchaîner directement sous leurs yeux, un demi-million de personnes se trouvaient dans les rues de la Ville de Montréal pour manifester. Simultanément, une centaine de milliers de personnes déambulaient dans les rues de la Ville de Québec, manifestant leur mécontentement devant l’Assemblée nationale, demandant de véritables actions, pas que des fausses promesses claires à moitié. Ceux qui se soucient de l’environnement n’ont malheureusement pas le pouvoir, par eux-mêmes, de changer les choses. On se regroupe, on fait du bruit, on dérange un peu, priant que les gens qui ont l’air de s’en foutre royalement cesse de jouer à l’autruche.
Message à vous, chers dirigeants, les gens ne vous ont pas élus pour que vous soyez comme des bibelots remplissant notre Parlement, sinon ils en auraient pris des plus attrayants. Comme les Cowboys fringants le disent si bien:« Toutes les 8 secondes, je ressens un peu plus de honte face à cette surexploitation et à cette triste destruction d’la nature pour la consommation».