
Par Bérénice Desrosiers
Dans une salle hypothétique, là où plusieurs inconnus s’y sont retrouvés pour une raison X ou Y, un certain malaise se fait ressentir par chaque âme, un silence de plomb règne. Les plus sociables tentent de trouver un sujet de discussion, en vain; en dépit de leurs efforts, aucun thème ne semble aviver l’esprit des quelques individus désirant encore socialiser. Quelqu’un énonce, enfin, «Khate d’Occupation double, vous en pensez quoi?». Les cerveaux s’échauffent, les arguments tentant d’être qualifiés comme poussés se construisent autour de cette personne qui a tant fait polémique au Québec en cette saison de notre émission de télé-réalité préférée. Khate est une femme transexuelle, née dans le corps d’un homme, maintenant femme. La discussion s’étire et s’étire, tout le monde à son opinion, son grain de sel à ajouter, comme si cela changerait le sort du monde. Mais pourquoi un aussi gros raz-de-marée par rapport cette personne? Vous vous posez sûrement cette question vous aussi; bienvenue dans l’état d’incompréhension dans lequel cela me plonge.
Chez moi, ce comportement, le fait de débattre autour d’une personne à part entière, me pose problème, je ne comprends vraiment pas les raisons du pourquoi. Surtout lorsque les réactions vis-à-vis cette jeune femme sont négatives. Dans mon livre à moi, à la base, juste décider de faire la transition, c’est signe de courage et, d’une certaine façon, c’est de l’audace, dans ce cas précis du moins. L’audace de s’inscrire à une télé-réalité où le but premier est de rencontrer l’amour et ce, devant la majorité des foyers québécois ayant les yeux rivés sur les moindres gestes des participants. Le courage de s’assumer, de montrer la diversité, de se présenter dans toute sa vulnérabilité, puisque son cheminement de changement de sexe n’est pas tout à fait complété. Donc, de se mettre à nu et «d’accepter» que ce qui se trouve entre ses deux jambes soit ce dont tout le monde veut parler, que tout le monde veut juger. Tous ont une opinion sur cette femme et, justement, sur si elle peut être désignée comme telle par la société ou sur si l’utilisation de pronoms féminins est juste dans la situation.
Pour une des rares fois que cette affirmation s’avère véridique, les candidats et la production d’Occupation double sont davantage avant-gardistes dans l’acceptation et l’inclusion que l’est notre société québécoise et devraient être pris en exemple par cette dernière. Les téléspectateurs devraient prendre des notes sur comment agir et réagir. En effet, aucun commentaire négatif ou attaque personnelle n’a été fait à l’égard de Khate et, en plus, l’équipe de l’émission a pris la peine de s’informer sur les réalités autour de la communauté transgenre en allant à des conférences sur le sujet et même, avant tout cela, ils ont fait le choix conscient de l’inclure dans les maisons, lui donner une plateforme pour être elle-même, montrant une diversité qui existe, une réalité que nous devons montrer. Ils avaient fait la même chose pour Jessie Nadeau, une pansexuelle, il y a deux ans de cela et une ouverture tout aussi grande s’était fait sentir. Par contre, nous pouvons facilement nous imaginer que ce ne fonctionne pas de la même manière dans tous les cas, dans la vie de tous les joursl; 20% des personnes trans disent être victimes de transphobie et le taux grimpe rapidement, parallèlement au nombre d’entre elles qui s’assume publiquement et à qui la place leur est laissée.
Sans en venir tout de suite aux poings (violence physique), un langage injurieux, blessant et offensant est fréquemment utilisé pour parler des trans ou des autres membres de la communauté LGBTQ2iA+, directement dirigé à ces derniers ou dans leur dos pour les décrire, qu’ils les connaissent ou non. Parfois, tout dépendant où se situe une personne dans le processus de changement de genre ou si elle est davantage androgyne, cette dernière est difficilement identifiable et, dans l’incompréhension, les gens manquent de considération, de pudeur et d’empathie. Ce n’est pas aux autres de décider si un homme désirant devenir femme peut le faire et être considéré comme tel et vice-versa, ou si l’homme en question peut avoir des comportements s’apparentant au genre féminin.
En quoi cela dérange que, reprenons l’exemple de Khate, une femme ait encore un pénis? Surtout que, dans son cas, une vaginoplastie était son objectif et, donc, elle n’était probablement pas à l’aise avec cette partie de son corps que la société rappelait constamment et jugeait régulièrement. Oui, ce que l’on connaît, c’est qu’une femme a un vagin et qu’un homme a un pénis et l’homme agit d’une façon et la femme d’une autre façon, mais si la personne décide qu’elle ne veut pas subir les opérations nécessaires pour le changement de sexe, c’est son droit. Comme c’est son droit de vouloir se faire appeler par le pronom auquel elle s’identifie ou d’utiliser les toilettes qui correspond à son identité de genre ou de changer le nom se trouvant sur son certificat de naissance. Même si, personnellement, vous ne vous identifiez pas à la communauté LGBTQ2iA+, que vous n’êtes pas en accord avec tout de cette dernière, au moins, laissez les vivre. Ils n’imposent pas leur mode de vie au vôtre, faites la même chose.
13%. 13% de la population canadienne appartiendrait aux communautés LGBTQ2iA+ selon le sondage «Réalité LGBT». De ce 13%, 54% des répondants n’ont pas encore fait leur «coming out» dans leur milieu de travail et 45% ne l’ont pas fait à leurs camarades de classe. Pourquoi, vous vous demandez peut-être? La crainte. Celle d’être rejetés, de se voir refuser des avancements dans leur carrière ou, la peur de subir des moqueries, des commentaires mal placés ou de vivre de l’intimidation. Pédé, fif, gouine, butch, tomboy; certains termes à connotation péjorative qui sont fréquemment utilisés par, plus souvent qu’autrement des hétérosexuels, stigmatisant les pratiques sexuelles des gays et des lesbiennes et l’identité de genre de ces derniers. L’utilisation de ces mots, c’est de l’homophobie. Par contre, pas tous faisant l’usage de ces expressions peuvent être décrits comme homophobes, mais le geste en soit, oui.
Avec le temps, à force d’être en quelque sorte confrontée à la différence ou aux nombreuses possibilités plutôt, on aurait pu croire que dans la société actuelle, la haine envers la communauté LGBTQ2iA+ aurait diminué, voire même disparue, mais non les comportements méchants sont toujours de ce monde. Par exemple, un chroniqueur, que je n’affectionne pas particulièrement, a été l’auteur d’un texte ayant particulièrement semé la controverse; L’amour du marginal. Ladite chronique ne faisait que cumuler les insultes/commentaire offensants, tels que «Mais le top, c’est le trans. Là, c’est le boutte» ou «En Angleterre, il y a une troupe de drag queens trisomiques! Essayez d’accoter ça, vous autres!» ou, finalement, «On est ouverts, au Québec, mais il y a une maudite limite…». Non, justement, dès le moment où ce genre de choses est partagé, est apprécié, toute notre ouverture se referme, ne devient que façade. Le top, pour reprendre l’expression de Martineau, est que des gens sont encore confortés dans leur peur, dans leur ignorance.
Aussi, toujours dans la même lignée, quelques parades, non pas de la fierté gaie, mais bien de la fierté hétéro, ont vu le jour. Oui oui, certains hétérosexuels éprouvent le besoin de célébrer les droits qui leur ont été laissés après de nombreuses luttes et sacrifices. Ah non, ce n’est pas arrivé, c’est vrai. En organisant de telles festivités, c’est en quelque sorte une façon dévaloriser l’histoire que les «non hétéros» ont vécu. Ce n’est pas parce que quelqu’un a quelque chose de plus que toi qu’il t’enlève de quelque chose que tu avais. C’est même le contraire dans ce cas-ci.
Longtemps, la société a pensé que c’était un choix, les personnes n’ayant pas une orientation qualifiée comme normale ne pouvaient pas risquer de s’afficher et n’osaient pas le faire non plus, se considérant eux-mêmes comme honteux. Par contre, ce n’est pas un choix; le génome d’une personne décide pour elle de son orientation sexuelle, de son identité de genre. Avec tout ce qui s’est produit dans l’histoire, à cette époque, les gens n’auraient pas pris cette décision, ils ne se seraient pas jetés dans la gueule du loup par pur plaisir. Ce n’est pas un choix, donc la haine envers cette communauté ne devrait pas exister puisque n’importe qui aurait pu avoir une des orientations sexuelles se trouvant dans le LGBTQ2iA+. On devrait juste se dire que autant d’ouverture, d’acceptation et d’épanouissement personnel est juste beau. Soyez tout ce que vous voulez être et laissez les autres être ce qu’ils veulent. Ne maudissez pas le bonheur des autres par peur de la différence.