
Par Bérénice Desrosiers
Dans notre société actuelle, où nos actions sont dictées par les relations sociales entretenues depuis des siècles, où les idées qui ont aidé au bon fonctionnement social se sont transformées en normes et en jugement commun, la forme est un facteur important, pour ne pas dire capital, peut-être superficiel, que la population impose en échange d’une forme d’acceptation. En se préoccupant davantage de comment les choses sont dites, sont faites, perdons-nous le fond, les propos avancés par les personnes ne rentrant pas dans le moule très carré dans lequel nous nous trouvons, nous complaisons? Dans cette lignée, préférons-nous une coquille vide remplissant les standards à un marginal débordant de savoir et d’opinions des plus valables?
C’est un peu comme cela que j’analyse ce qui se passe avec la députée de Taschereau, Catherine Dorion, remplie d’idées, manquant d’oreilles pour l’écouter. Elle a été élue dans cette circonscription lors des élections de 2018 aux couleurs du parti de gauche québécois, Québec solidaire. Depuis le début de cette campagne électorale, les discussions autour de sa personne portent davantage sur son accoutrement, sur son franc parler et sur ce qui la différencie grandement des autres députés de l’Assemblée nationale qu’autres choses. Je ne crois pas qu’une tuque change le fond des paroles dites lors d’un discours d’élection ou bien qu’un coton ouaté nuise au bon fonctionnement des travaux de notre Parlement. Peut-être que les débats dévient ou sont déviés vers des trucs futiles, s’éloignant de l’important. Peut-être que Dorion se fait du capital de sympathie et se sert de ses «extravagances» pour faire avancer son parti, ses idées et le message qu’elle doit véhiculer. Par contre, je ne comprends pas pourquoi la société québécoise est autant outrée par cette personne, sommes-nous réellement superficiels ou aimons-nous tous autant le décorum à ce point? Ne sommes-nous pas les premiers à critiquer l’élite, donc les députés étant placés sur le piédestal tout de même imposant sur lequel ils se trouvent? «Ils ne représentent pas le vrai peuple, c’est des coincés à cravate», une le fait et vous trouvez encore le moyen de chialer.
Sur une autre note, les élections de 2018 et l’élection de plusieurs candidats du parti orange, celle de, justement, Dorion, celle de Manon Massé (Sainte-Marie-Saint-Jacques, Montréal), de Gabriel Nadeau Dubois (Gouin, Montréal), de Christine Labrie (Sherbrooke, Estrie), de Sol Zanneti (Jean-Lesage, Capitale-Nationale), de Andrés Fontecilla (Laurier-Dorion, Montréal), de Ruba Ghazal (Mercier, Montréal), de Vincent Marissal (Rosemont, Montréal), de Émilise Lessard-Therrien (Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Abitibi-Témiscamingue), de Alexandre Leduc (Hochelaga-Maisonneuve, Montréal) ont démontré une chose: il a un engouement tout de même évident pour un vent de gauche, un vent nouveau. Comme dirait Éric Bélanger, un professeur au Département de sciences politiques de l’Université McGill, «Il y a une croissance constante, mais relativement lente qui commence à porter fruit.». Il doit y avoir une raison pour cet emballement quand même soudain.
Par contre, peut-être que la tendance au populisme qu’à la députée de Taschereau nuit à l’image du parti qu’elle tente justement de représenter le plus fidèlement et de porter à bout de bras. Oui, elle pointe régulièrement «l’élite», s’inclut dans le peuple et n’amène pas toujours des solutions aux débats. En même temps, le problème pourrait bien être la société québécoise, qui donne davantage d’attention au contenant qu’au contenu. Les députés de Québec Solidaire peuvent choquer par leur différence ou le manque de décorum puisque ce dernier est strict. En effet, ce n’est pas que Dorion qui est remarquée, la plupart des députés se font reprocher leur accoutrement et leur co porte-parole femme a aussi fait jaser par son allure, que les gens qualifient de masculine, et ses discours coloré. Cela signifie-t-il que les discours et les idées apportées ont moins de valeurs? Que ceux-ci ne font aucun sens et sont inventés de toute pièce? Non, bien sûr que non.
Les gens adhérant aux autres partis politiques de la Province de Québec (la Coalition Avenir Québec, le Parti libéral du Québec, le Parti québécois) avancent régulièrement le point que les partis ou les branches de ceux-ci davantage de gauche sont dans le néant concernant l’économie; le côté social et le côté économique ne feraient pas bon ménage apparemment. Lors de la campagne électorale de 2018, Québec solidaire promettaient certains services sociaux gratuits, comme l’assurance dentaire, pour une diminution des inégalités entre classes sociales. Le parti de gauche avait un plan économique approuvé, avec toutes ces promesses de gratuité, et faisant bien du sens, mais les idées nouvelles furent traînées dans la boue et ridiculisées. Les plus conservateurs ne se sont mêmes pas penchés sur les idées; ils n’acceptaient tout simplement pas d’écouter des gens misant sur le côté social parler d’économie.
Présentement, à l’échelle provinciale toujours, Québec solidaire, se trouve à être la deuxième opposition officielle à l’Assemblée nationale. C’est une bonne chose puisque, premièrement, ils prennent en croissance, car il y a pas moins de six ans, seulement deux députés avaient réussi à être élu et, deuxièmement, cela permet que les idées soient contestées par une opposition réellement différente et, donc, participer au progrès social. Cette contribution ne doit pas être jugée, ni regardée de haut par les députés ou même la société, mais, plutôt, reçue et analysée comme tout autre point de vue.
D’une vue d’ensemble, être de gauche ou être gauchiste, c’est réclamer et obliger le progrès dans les institutions et avoir l’idée qu’un individu peut changer de classe sociale, qu’il n’est pas cloué dans sa situation sociale et économique actuelle, qu’il n’est pas le produit d’une hérédité ne pouvant être changée. Justement, la droite a tendance à être convaincue que chacun devait demeurer à sa place, que ce n’est que le juste ordre que la vie a décidé. On peut observer cela lorsque les plans économiques des partis davantage à gauche est la gratuité des services et, qu’à son opposé, c’est la réduction des impôts qui est promise. Cela fait que les classes sociales à l’aise financièrement, celles étant capables de subvenir aux besoins de base, le deviendraient encore plus et les personnes n’arrivant pas ou peu à la fin du mois ne recevront pas plus d’aide. Les inégalités sociales ne feront qu’augmenter, tout comme l’écart social.
Gilles Deleuze, un philosophe français, a dit «Être de gauche, c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi; être de droite, c’est l’inverse.». Avait-il raison? Selon moi, cela résume assez bien la situation. Qu’est-ce qui est le mieux pour gouverner une nation, dans le cas du Québec de 8.5 millions? À vous d’en jugez. Par contre, qu’est-ce qui est le mieux, le bien-être et le confort d’une petite pelletée d’individus ou bien d’une majorité de personnes? Je ne dis pas que l’un est parfait, bien au contraire, ils ont tous des défauts, mais je choisis le moins pire, le plus profitable pour tous. Peut-être qu’en tant que société, nous devrions revoir les principes importants pour nous et ce que l’on désire comme nation.